J’ai testé : le Graff Tour organisé par l’Office de Tourisme de Toulouse !

« Je vais participer au Graff Tour organisé par l’Office de Tourisme de Toulouse, ça t’intéresserait de venir avec moi? » Ni une, ni deux, il n’en fallait pas plus pour me convaincre ! D’autant plus que ça faisait quelques mois que ce graff tour me faisait de l’oeil. Voilà comment je me suis retrouvée un samedi après-midi au coeur du quartier Arnaud Bernard sur la jolie place des Tiercerettes, embarquée avec entrain par Cindy du blog And So My Dreams Came True !

Nous étions à l’heure, et quelques personnes étaient déjà présentes et papotaient ensemble, autour de la petite fontaine au centre de la place. Autour de nous, quelques restaurants, bars et boutiques. Je découvrais par la même occasion un quartier populaire et animé, qui m’a directement plongée dans l’ambiance pour la suite de l’après-midi. Sarah et Philippe seraient nos hôtes pour la balade. Sarah est guide à l’Office du Tourisme et Philippe l’accompagne sur la partie historique et technique du street art. Au détour d’une conversation, on apprend que Philippe est avant tout graffeur, sous le nom de Panks, et installé au 50cinq.

Apparu dans les années 70 à New-York, et exporté en France dans les années 80, le mouvement du graffiti n’a pas eu le même développement dans toutes les villes. À Toulouse, le berceau du graff est le quartier Arnaud Bernard. À l’époque, ce quartier en développement avait beaucoup de friches, ce qui représentait un terrain de jeu parfait pour ces nouveaux artistes !

Le but du graffiti est simple : on écrit son nom grâce au tag, une simple signature à la bombe, pour être visible du plus grand nombre ! Le graff a ensuite évolué avec des lettrages en chrome, en volume, parfois des dessins, reprenant des codes et des personnages de la pop culture. La terminologie utilisée s’est aussi diversifiée : on parle par exemple de flop pour un lettrage simple souvent aux formes arrondies et sans remplissage… Au fur et à mesure des décennies, le terme street art est venu englober le graff et maintenant tout ce qui touche à la rue.

Ces espaces publics ont été investis par les graffeurs, au début de manière illégale, que les municipalités ont eu du mal à « contrôler ». Certaines communes ont donc été amenées à tolérer cette forme d’art, parfois en mettant à disposition des murs ou des façades comme support d’expression. Le but était donc de proposer une alternative afin d’éviter que trop de graffs ne fleurissent à d’autres endroits non désirés de la ville (comme la ville de Lisbonne qui a mis à disposition la Calçada da Gloria). Évidemment, ça c’était en théorie…

La balade commence par le Jardin d’Embarthe, un jardin public qu’on ne devine pas tellement il est presque caché derrière les immeubles. C’est un vrai petit écrin de verdure qu’on retrouve au coeur du quartier Arnaud Bernard, et où on peut admirer le tout premier mur offert aux graffeurs par la Mairie de Toulouse. C’est aux prémices du graffiti toulousain que Soune, un « gamin » d’une quinzaine d’années, réalise cette pièce sur une façade du jardin. Aujourd’hui, la végétation a repris ses droits et l’a en partie recouverte… Ce qui est intéressant c’est presque la vocation historique de l’oeuvre, qui tranche complètement avec le caractère premier du graff. En effet, l’épéhémérité est un principe de base : dans le meilleur des cas, un graffiti est fait pour être recouvert par un autre, dans le pire, il ne dure pas car effacé par la ville… Mais là, cette façade graffée par Soune, il y a presque 30 ans, permet de voir l’évolution de sa technique et de ses influences depuis ses débuts à la Truskool jusqu’à des graffs plus récents. Philippe l’a très poétiquement résumé comme un « voyage dans le temps ». Je vous laisse apprécier.

 

On avance un peu plus dans le quartier, vers la rue Gramat. C’est assez bluffant la manière dont la ruelle entière a été graffée ! Je n’avais jamais entendu parler de cette rue, peut-être un petit secret que les amateurs de street art se chuchotent au creux de l’oreille? Je ne sais pas vraiment. Mais j’ai pu découvrir et reconnaitre certains des graffs, déjà vu sur les réseaux sociaux. Je vous conseille vraiment d’aller y faire un tour. Comme depuis le début, Sarah et Philippe, nos guides de l’après-midi, sont pleins de surprises et d’anecdotes à propos des artistes et leurs histoires.

La fresque de cette rue est d’abord un projet initié à la fin des années 90. Pour « nettoyer » les tags intempestifs, un partenariat est créé entre les habitants du quartier, le Carrefour culturel Arnaud Bernard, le Comité de quartier, l’association Parentèle et l’association Solidarité et Jeunesse : deux ans et demi de travail pour proposer une maquette de la rue repeinte et finalement validée par les riverains et la Mairie de Toulouse. Ici, pour avoir l’histoire complète !

Une grande partie des graphismes présents à ce moment-là durant notre visite sont issus de la dernière édition de Latino Graff. What’s that ? C’est un festival d’art urbain itinérant, qui met en valeur l’Amérique Latine. Des artistes latino-américains sont invités pour participer à cette fresque et laisser leurs traces colorées, toujours éphémères, à Toulouse. Cette année, c’est le thème de la paix qui a été retenu. Au fil des murs, on reconnait des styles, on arrive parfois à lire des noms même hyper-stylisés, on devine les influences… Les symboles et évocations de paix se retrouvent ici et là : mélanges de calligraphies multi-culturelles, un coeur au creux d’une main, des couleurs harmonieuses, des dessins plus « spirituels »… Une vraie rue-musée à ciel ouvert.

 

Je vous parlais un peu avant de la Trueskool. Ce nom est important car c’est le premier « crew » de graffeurs de la ville rose, né dans les années 90. À la base une bande de potes, elle compte les street artistes toulousains les plus réputés de leur domaine !  C’est d’ailleurs eux que Tilt (directeur artistique du festival Rose Béton) a décidé de réunir à nouveau pour peindre, il y a quelques mois, une fresque commandée par la Mairie en plein coeur de la ville. 7 amis et membres de la Truskool réunis 25 ans après leurs débuts à Toulouse : Siker, Cee-T, Soune, 2Pon, Tober, Der et Tilt. Chacun investit une partie de cette fresque de 30m de haut sur 12m de large.

Cette commande de la mairie montre l’attachement de la ville de Toulouse à l’art de rue. Nous avons proposé une maquette, qui a été retenue. Chaque artiste montre son style dans cette fresque. Cee-T dessine des poulets, Soone les trois premières lettres de son nom, Tober laisse sa signature, moi je graffe en 3D… Depuis quelques années, avec les festivals Rose béton, Wops, les arts de rue retrouvent une exposition intéressante.Soone pour La Dépêche
De haut en bas : Siker, Cee-T, Soune, 2Pon, Tober, Der et Tilt.

Ce qui est important de retenir c’est qu’en tant que graffeurs, ils intègrent complètement la disparition de leurs oeuvres. Cela fait partie du processus créatif, des pièces éphémères pour être sans cesse renouvelées.

Pour en savoir sur la Truskool, je vous invite à lire cet article très complet à ce sujet.

 

Pour faciliter cette balade et nous permettre de voir un maximum d’oeuvres dispersées dans la ville, l’Office de Tourisme avait mis en place un transport en car ! Nous avions donc la chance d’être accompagnés par un chauffeur qui nous amenait tout au long de l’itinéraire prévus par nos guides. Je dois dire que je ne m’y attendais pas du tout et que ce fut une chouette surprise, puisque nous avons encore plus profité en 2h30 que si nous avions été à pied. Moi, paresseuse?!

 

Nous sommes donc repartis en bus vers la prochaine destination, la Rue Pierre Cazeneuve, le long de la gare Raynal, non loin du Musée Postal des Anciens Ambulants. Là sur toute la longueur, des graffeurs ont inscrits leurs noms, plus ou moins lisibles pour les non-initiés, au fil des événements et des festivals donc le dernier Latino Graff et Rose Béton. Je vous mets quelques photos et vous invite vraiment à aller découvrir cette rue… Sans indice, vous arrivez à lire ou reconnaitre des noms …?

La puissance des détails : illusion d’une 3D
Un graff de Macs à droite, fait en 2016.
On retrouve des sympboles de la pop culture, parfois des personnages marquants de l’enfance de l’artiste : ici Snoopy
Pas facile à lire, hein ?

 

On repart sur la route pour ce graff tour de l’Office de Tourisme de Toulouse, avec notre gentil chauffeur (très patient). Direction le quartier Pont des Demoiselles ! On arrive devant une oeuvre au style très différent. On dirait une toile, une peinture, et on est très loin de l’image populaire du tag !

C’est une fresque de plusieurs mètres de hauteur peinte par Aryz sur une façade devant un carrefour, qui représente deux jeunes femmes, aux airs plutôt mélancoliques et un groupe d’hommes en bas à droite. À une époque, ce quartier proche de Montaudran, où se trouvait avant le seul aérodrome de Toulouse, était très fréquenté par les aviateurs et les voyageurs. De passage dans la ville rose, ces personnes en profitaient pour passer du bon temps avec des filles de joie, les fameuses « demoiselles ». Certaines interprétations de cette oeuvre disent que ce sont donc deux demoiselles et peut-être leur groupe d’amants voyageurs… J’adore cette pièce que j’ai trouvée vraiment très poétique et douce, tant par le style de l’artiste que par les couleurs utilisées.

Au loin, le soleil se couche sur le clocher de la Paroisse Saint-Joseph

Bonus : Pour cette oeuvre, j’ai même investigué sur Google Maps et, grâce à la photo d’un internaute, j’ai retrouvé l’oeuvre précédente ! Merci Roger31600 ! Toujours en lien avec l’aviation, thématique qui a marqué le quartier…

 

On continue ce passionnant Graff Tour du côte d’Empalot où on retrouve deux oeuvres de l’artiste allemand Hendrik Biekirch aka ECB. Deux pièces monumentales peintes dans des nuances de noir, blanc et gris, sur des façades d’immeubles de plusieurs mètres. En parlant avec nos guides Sarah et Philippe, ils nous expliquent qu’il a utilisé un échafaudage pour réaliser ces oeuvres, sans descendre vérifier l’avancée de son travail ! Il avait toutes les mesures et proportions en tête, même en travaillant à quelques centimètres d’une oeuvre de plusieurs mètres carrés ! On passe aussi devant le métro Saint-Agne, pour finir notre Graff Tour dans le quartier des Carmes avec le graff de Miss Van et sa touche de fraîcheur : personnage féminin très sensuel (certains disent presque érotique), des couleurs pastels qui lui confèrent une ambiance très poétique, un univers assez mystique avec des évocations de la nature, des animaux et de la spiritualité. Je n’invente rien : même l’oeuvre s’appelle La Symphonie des Songes… De quoi rester doucement rêveuse…

Les deux graffs d’ECB dans le quartier Empalot

Une veille dame voûtée, une cage aux oiseaux, de la calligraphie dorée d’inspiration orientale, c’est signé Maye et Mondé, un binôme de graffeurs de Montpellier et Toulouse
La Symphonie des Songes de Miss Van

 

Le bilan de ce Graff Tour

• Très bonne organisation de l’Office de Tourisme de Toulouse, en 2h30 on a un bel aperçu de la facette street art de la Ville Rose.

• L’alternance de balade à pied et en bus, à la fois dans l’hyper centre ville et ses alentours, est un plus. Cela permet d’avoir des temps de pause, un peu d’exercice et plusieurs « rythmes ».

• Les deux guides de l’Office du Tourisme, Sarah et Philippe, sont top top top ! Très à l’écoute, passionnés, ils ont su nous transmettre leur amour du graff et nous transporter dans ce monde grâce à leurs connaissances et leurs anecdotes.

• L’expérience extra de pouvoir rencontrer un graffeur et échanger sur son parcours !

• Parfait timing, 2h30 à profiter dans les rues de Toulouse c’est bien. Même si, selon moi, dommage que ce ne soit que 2h30, j’y aurai bien passé l’après-midi entier !

 

Les autres balades organisées par l’Office de Tourisme de Toulouse

D’autres circuits sont organisés par l’OT de Toulouse afin de découvrir la ville différemment ! Sincèrement, je suis fan de ce format de balade. Les guides-conférenciers sont passionnants, et les thématiques très variées permettent d’appréhender sa ville d’une autre manière, souvent plus intimiste avec une approche historique et culture très intéressante.

L’OT propose tout au long de l’année un programme de près de 100 visites accompagnées.
Que ce soit en journée ou en soirée, en semaine et le week-end, il y en a pour tous les goûts ! C’est une activité idéale en famille ou entre amis pour découvrir sa ville ou la faire découvrir à des proches de passage. Hop, une idée de plus pour un week-end à Toulouse ! Ces balades sont consacrées à l’histoire, aux monuments et au patrimoine, mais aussi à des aspects plus insolites de la ville. En français, en anglais et même certaines en espagnol !

Pour information, il faut compter entre 7 et 15€ selon les visites guidées, pour environ 2h-2h30 de visite.

Pour retrouver toutes les prochaines visites organisées, vous pouvez regarder ici sur le site de l’Office de Tourisme !

Encore une fois, un grand merci à Mélissa de l’Office de Tourisme de Toulouse pour m’avoir invitée à cette balade & à Cindy pour la proposition !

Moment sincérité : j’ai été invitée à participer au Graff Tour par Mélissa, qui travaille à l’Office de Tourisme, sur la proposition de Cindy. L’idée était découvrir cette facette de la ville et le format de ces balades. Aucune de mes publications n’a été commandée par l’Office de Tourisme, je suis restée complètement libre de ce que j’ai partagé. Et je reste attachée à cette transparence et cette authenticité ! 🙂

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6 comments Add yours
  1. Superbe ! J’avais déjà vu les blogs de Corinne puis de Cindy, mais c’est toujours aussi chouette, faudra qu’on aille crapahuter et découvrir ça avec Alex !

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