Il y a de ces lieux où vous entrez en sachant très bien que vous ne ressortirez pas tout à fait pareil. J’ai découvert le weekend dernier une petite pépite de cet ordre-là. C’était un après-midi d’exploration limougeaude – une balade dans les rues de Limoges – et au détour d’une petite place, que la devanture bleu-vert m’a interpellée. Surtout son titre. « Les gens qui doutent ». En voilà un drôle de nom… Puis un peu plus bas « Librairie – Café – Galerie ». Il ne m’en faut pas plus, j’ai envie de rentrer.

Passé le seuil, on se retrouve enveloppés d’une douce chaleur réconfortante qui contraste avec le froid extérieur. Les couleurs sont chatoyantes et la décoration est faite de mobilier dépareillé : des canapés en velour se marient aux chaises d’écolier, un frigo SMEG dans un coin, des étagères asymétriques contre les murs, beaucoup de bois et toujours ce bleu-vert qui harmonise si bien le tout. Je m’y suis tout de suite sentie très à l’aise. À l’entrée, un grand comptoir propose une carte classique de cafés et de thés mais je ne me suis pas attardée dessus tellement j’étais subjuguée par tous les livres qui s’étalaient devant moi.

Et tout d’un coup, je me suis rappelée pourquoi je n’allais plus trop trainer dans les librairies. Classés par thématiques, par types ou par collections, j’avais envie de tous les acheter, de quitter mon travail et de passer ma vie à lire. Nous avons chacun choisi un livre qui nous plaisait, que nous avons achetés et commencé à bouquiner en même temps qu’on nous servait nos cafés. Pour moi, ce sera un roman : 1Q84 de Haruki Murakami, auteur japonais que je connais déjà un peu et dont j’apprécie le style. Le Capitalisme de la Séduction pour lui. Ainsi qu’un americano, il fallait au moins ça pour finir de se réchauffer.

Vint ensuite le moment de s’installer à une table. Trop de choix. Toutes me tendaient les bras à grands renforts de velours doux, d’assises confortables ou de coin à la tapisserie fleurie. J’avais envie d’essayer chaque recoin comme on découvre toutes les pièces d’une nouvelle maison. Ici on y vient comme on est, entre amis pour prendre le thé, en amoureux après une balade dans le quartier du château ou en famille pour une pause lecture. Plusieurs formules sont possibles, notamment pour rester travailler quelques heures : working + boissons, working + book ou working + pâtisserie (pour que le lieu puisse vivre au niveau économique).

Ils ont également un joli rayon papeterie, sur lequel j’ai longtemps lorgné… Et, comme si ce n’était pas suffisant, ils accueillent des artistes qui exposent et des musiciens en concerts. Je vous ai déjà dit que c’était le rêve pour moi ? Si un jour je devais imaginer un lieu dans lequel j’aimerai m’épanouir professionnellement, c’en est un très bel exemple. Bref, entre le choix du livre, le choix de la boisson et le choix de la table… Cela fait beaucoup de décisions à prendre pour quelqu’un qui doute, comme moi. J’y suis entrée moi-même, et effectivement j’en suis sortie plus tout à fait la même. Cher « Les Gens qui doutent », vous avez bien failli avoir ma peau.