Voilà déjà 2617 jours que j’ai posé mes valises sur ton sol, trainant avec légèreté ma candeur et mon innocence. Toulouse, Septembre 2011. J’avais 17 ans, je ne connaissais que Pau et tu as été là pour m’accueillir : moi et mes rêves, mes doutes aussi. J’ai appris à te découvrir, à te comprendre et à t’aimer.

J’ai commencé par tes bistrots à l’automne dès que je n’étais pas sur les bancs de l’école, où je jonglais entre cafés, sirops de violette et sourires de serveurs. Place de la Trinité, Place Saint-Georges, Place Salengro. Quand je n’avais plus soif, je préférais arpenter tes rues pavées, sur lesquelles cliquetaient les talons des demoiselles. Toujours la tête en l’air pour être sûre de ne rien manquer de ton beau visage. Je me souviens du parfum des platanes du Canal du Midi, quand la saison les parait de 50 nuances d’orangé. J’y courais souvent. Parfois pour rattraper le temps perdu, d’autres fois pour effacer quelques doutes.

Quand le froid arrivait, je prenais plaisir à visiter tes musées en m’abreuvant de ton histoire et de tout ce que tu nous offrais. J’étais si curieuse de toi et tu m’ouvrais les portes de ta culture. Quel monde fantastique je découvrais sous le palmier des Jacobins, dans la cour de la Fondation Bemberg ou dans la crypte de la basilique Saint-Sernin. Quand j’en avais assez, je pouvais m’évader à quelques kilomètres de toi, à la montagne, à la campagne, en forêt, dans d’autres villes voisines.

Puis les mois passaient et le printemps revenait : tu reprenais des couleurs, ton agenda se remplissait d’événements, les terrasses ouvraient à nouveau et je retrouvais le sourire des serveurs. C’était l’heure de prendre un verre ou deux entre amis après le Marché à Victor Hugo. Et je passais mes après-midis à me balader pour découvrir ton architecture, et tes artistes de rue qui savent si bien la sublimer. C’était mon moment préféré pour explorer tous tes recoins, parfois les yeux fermés pour mémoriser chacun de tes traits, mais bien souvent les yeux grands ouverts pour ne rien rater.

Enfin, tu accueillais avec de nombreux couchers de soleil estivaux les amoureux qui se chuchotent leur amour au creux du cou, ceux qui ouvrent leurs coeurs au bord de ta Garonne où résonne Ô Toulouse de Nougaro… Je me plais souvent à rêver à tous les secrets entendus et envolés au dessus de toi. Ceux qu’on balance, à demi-mots et pleins d’espoir, entre deux baisers sur le Pont Neuf. Tu accueilles même ceux qui, ivres de bonheur, finissent ivres de bonne heure place Saint-Pierre.

Si je pouvais, je crierais à la France entière à quel point tu es belle quand tu enfiles, quelle que soit la saison, ta robe corail à la tombée du jour. C’est la douceur de vivre qui te caractérise si bien. La vie chez toi a le goût d’une glace pêche-framboise, douce et acidulée, qui réveille les pupilles et éveille les papilles. Ah, que mon Béarn natal serait jaloux s’il savait! Chère Toulouse, 2617 jours que j’ai caressé du regard tes briques pour la première fois, et je marche tous les jours un peu plus vers mes rêves, avec une force à balayer tous mes doutes.

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